Oh bon sang, il faut absolument que vous voyiez ce film.
Je l'avais vu à sa sortie en 1989 et j'étais resté secoué, devant tant de maîtrise, de souffle épique, alors que le budget était manifestement famélique. Je viens de le revoir, et je dois dire que le résultat a été le même.
Le film, c'est "Henry V" , de Kenneth Branagh.
Les acteurs , majoritairement issus de la Royal Shakespeare Company, sont incroyables de justesse, de retenue (ou de manque de retenue). La stylisation, tout en étant un paliatif au manque de moyens financiers de la production, devient un atout narratif en soi. C'est exactement ce dont les gens de théâtre devaient souffrir à l'époque de Shakespeare. Raconter des faits épiques, sur une scène, avec rien , ou quasiment rien. De ville, en ville.
(Ah, cette introduction, où Derek Jacobi, alias The Narrator, nous fait un speech expliquant que les moyens mis en oeuvre ne seront jamais à la hauteur de l'histoire contéée, puis finit en hurlant,exhalté, se ruant sur une porte gigantesque pour l'ouvrir d'un coup, révélant la salle du trône...)
Ce qui est bien avec ce film, c'est qu'il enleve Shakespeare des mains de l'Elite. Bien qu'un peu exigeant (Il faut s'habituer aux dialogues "d'époque"),il laisse entrevoir que ces histoires "classiques" portent,en elles, les mêmes enjeux dramatiques que n'importe quel film Hollywoodien auquel nous sommes habitués. Pouvoir, trahison, fierté, amour, conquête, veangeance, victoire, défaite...
Kenneth Branagh, grâce à l'impact émotionnel que ce film à eu sur moi à l'époque (j'avais 20 ans), m'a interressé à Shakespeare. J'ai, du coup, lu d'autres pièces. et je les ai diversement aimées. Mais, sans ce film, jamais je n'aurais eu l'idée de me plonger là-dedans.
(J'avais vu Hamlet, faut dire,au théâtre, dans une mise-en-scène de Patrice Chérau, quelques années avant. Eh bien ça m'avait juste ennuyé. Quand bien même un vrai cheval déboulait sur scène sur une face B de Prince. So Telerama.)
N'empêche.
Je garde ce "Henry V", de Kenneth Branagh, comme un de mes coups de coeurs de jeunesse.
Et je me souviens qu'un des atouts essentiels de l'oeuvre, était sa bande originale. Composée par Patrick Doyle, elle réussissait à insuffler un souffle épique de chaque instant. Par exemple, dans le discours galvanisant du roi Henry avant la bataille d'Agincourt, et également dans a fameuse intro où le Narrateur nous embarque en quelques phrases dans l'histoire, mais aussi et surtout dans une scène en particulier ...
Le "non nobis domine".
Le minuscule bataillon des Anglais a vaincu la puissante armée Française à Azincourt. On ramasse les cadavres. On se replie, dans la boue et le sang. Et, là, une chanson s'élève dans le silence du champ de bataille. Un homme seul, d'abord, puis tout un choeur... Une victoire douloureuse. Puis la remise de toute chose à un Dieu, qui, seul, a pu permettre ce triste triomphe...Dans cette scène, le destin de pratiquement chaque personnage, est évoqué, ou conclu définitivement, en un seul long plan-séquence.
Et l'arrangement choral et orchestral de Patrick Doyle, me fait , personnellement, pleurer quasiment à chaque fois.
Un de mes moments de cinéma préférés à ce jour.
(Notez que le DVD présente le film dans une version spéciale, car expurgée des bannières publicitaires Youtube :-) )
lundi 21 novembre 2011
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6 commentaires:
"La stylisation, tout en étant un paliatif au manque de moyens financiers de la production, devient un atout narratif en soi." Hum, tu serais pas en train de dire que le décor est un personnage à part entière ? You are so busted.
And Kenneth is so sexy, ain't he ?
Bon, j'ajoute à la liste des trucs à faire mes longs après midi de convalescence.
Non, je dis juste que pour son premier film, il a dû contourner une faiblesse : le budget. Et il a été assez malin pour se souvenir de ce qui fait la force d'une représentation théatrale, indépendemment des moyens. Il a donc décidé d'allier ce dépouillement relatif à la richesse de la grammaire filmique. Et,justement, il annonce courageusement que, parfois, oui: le décor EST un décor, une évocation.
et MILK,
c'était pas mal aussi !
T'avais 20 ans en 1989 toi ?
Donc jusque là ta naissance en 71, c'était de la coquetterie ?
:p
Heu...oui en fait t'as raison, Cyro.
Je sais juste pas compter. :-)
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